Du cuir potentiellement dangereux

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Si, jadis, le cuir était associé à la rareté et au luxe, ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui. La matière a été démocratisée. Cette démocratisation plutôt réussie a inévitablement engendré une demande grandissante des consommateurs et donc des fabricants.

Le marché du cuir est florissant

Pour répondre à cette demande, il faut produire davantage. Le marché du cuir pèse à quelque chose près, une quinzaine de milliards d’euros. Il touche des industries de différents secteurs mais l’essentiel est capté par l’industrie vestimentaire (chaussures, maroquinerie, blousons, manteaux, vestes, gants…) et par la filière de l’ameublement (canapé, fauteuil, méridienne, chaise longue, chaise…).




La matière première est sollicitée de toutes parts, à tel point que l’industrie du luxe se montre particulièrement conquérante envers les tanneries les plus qualitatives. Les grands groupes achètent à prix d’or cette production qualitative indispensable à l’unicité de leurs produits, donc de leur fonds de commerce. Les autres fabricants se contentent d’une qualité plus modeste, qui peut s’avérer tout à fait correcte, mais pas toujours… Pour les industriels les moins regardants, une qualité inexistante peut supplanter une peausserie acceptable. Il s’agira alors de cacher la misère sous de nombreux artifices, plus ou moins légaux, plus ou moins nocifs.

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Le procédé du tannage en bref

Pour comprendre de quoi on parle, il convient ici, de rappeler l’essentiel du métier de tanneur. Le décharnage (retrait de la peau de la bête) laisse place à l’étape du salage, opération qui a pour objectif d’assécher la peau. S’ensuit un long travail de nettoyage appelé aussi travail de rivière. Il s’agit durant cette étape, de retirer l’ensemble des impuretés résiduelles (restes de fourrure, de graisse, de chair …) grâce à de nombreuses manipulations en milieu aquatique. Puis, la peau subit plusieurs trempages dans des bains chimiques appelés tannins (solutions acides).  Le rôle des ces bains successifs est de rendre la peau imputrescible donc utilisable par l’industrie du cuir.

Deux types de tannage se côtoient. Il y a d’une part, le tannage minéral (ou tannage chimique) ; d’autre part, le tannage végétal. Le premier se réalise à partir de diverses substances chimiques telles que des sels d’aluminium, de l’alun ou encore du chrome. Le tannage au chrome est le plus répandu.  Le tannage végétal, quant à lui, s’exécute à l’aide de cendres et d’écorces d’arbres broyées (hêtre ou chêne).

Reste l’ultime étape du finissage qui donnera au cuir ainsi obtenu sa couleur, sa texture et son aspect final. Une peau initialement qualitative exigera moins de traitement. C’est la raison pour laquelle les industriels prennent part aux discussions, notamment au niveau européen, lorsqu’il s’agit des méthodes d’élevage. Une bête endommage sa peau à chaque fois qu’elle se blesse : les cicatrices sont, tout comme chez l’homme, marquées à vie. Diminuer les risques de blessures, revient, par la suite, à amoindrir les traitements futurs.

La multiplication des cuirs nocifs

La demande croissante pour cette matière tout à fait naturelle à la base, a eu pour conséquence de développer des méthodes de tannage de plus en nocives pour la santé. Le tannage végétal, qui est tout aussi efficace que le tannage chimique, nécessite un temps de fabrication plus long, donc plus coûteux, par conséquent, moins rentable. C’est la raison pour laquelle il est boudé. Écourter la fabrication et en amoindrir les coûts pour répondre à la demande mondiale est une volonté persistante chez les industriels.

L’implication du tannage minéral dans le processus est pointée du doigt. En effet, seule l’utilisation de quelques substances chimiques minérales impactent sur la nocivité des cuirs.  L’usage du chrome peut induire sur le produit fini la présence d’une concentration en chrome 6 (celui-là même qui pose problème) bien supérieure à la dose tolérable. Pour autant, la plupart des fabricants ne sont pas directement suspectés d’utiliser le chrome 6 dans leur tannerie. Non, mais, voilà, les phénomènes chimiques étant ce qu’ils sont, le chrome 3 (lui, très souvent utilisé par la filière) peut se dégrader assez rapidement en chrome 6 sous l’effet d’oxydation. Au final, et quand bien même l’intention première n’est pas de nuire, le produit arrive en bout de course avec une nocivité qui n’est pas anecdotique. Certains relevés dépassent l’entendement. La presse s’en mêle, les pouvoirs publics commencent timidement et lentement (Europe oblige) à se pencher sur ce phénomène de santé publique.

De nouvelles directives à attendre ?

Quelques directives européennes concernant l’industrie du cuir et du tannage ont bien été posées. La pollution induite par cette filière s’avère être au classement du top 10 des sources de pollution les plus problématiques à l’échelle mondiale… C’est dire ! Aucune cependant n’implique directement la teneur en chrome 6 et sa dangerosité pour notre santé.

Alors, justement, quels sont les risques majeurs pour notre santé ? Le phénomène couramment observé est celui d’une dermatite mais des cas ont révélé une forme plus grave d’atteinte : le chrome 6 peut en effet provoquer une dermite allergique de contact sévère. Le souci est que cela ne pourrait être que la partie émergée de l’iceberg, et comme le principe de précaution n’est pas toujours appliqué…

Toujours est-il est que l’industrie européenne du cuir commence à prendre part à la problématique. Les récents engagements visent à réduire l’impact de la production sur l’environnement via une meilleure utilisation des matériaux bruts, et le recyclage systématique des sous-produits. C’est un premier pas, intéressant et, à défaut d’être spectaculaire, qui a au moins le mérite d’exister.  D’autres objectifs  devront aller en ce sens, la modernisation, la coopération, la dépollution des eaux utilisées. Cette industrie est appelée à améliorer, tout au moins, à l’échelle européenne, son processus de fabrication.

La commission européenne a récemment contraint cette filière à se soumettre à la règlementation REACH en charge d’assurer un niveau élevé de protection de la santé humaine et environnementale contre les risques que pourraient induire l’emploi des produits chimiques. Deux axes motivent les objectifs de ce règlement : d’une part, il s’agit d’évaluer, autoriser et/ou restreindre l’usage des produits chimiques au sein du marché intérieur, d’autre part, prôner l’innovation et la promotion de méthodes alternatives et de fournir les informations de sécurité adéquates aux utilisateurs. C’est ce dernier point que nous attendons avec le plus d’impatience !

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